Environnement
 

N'en jetez plus, la mer est pleine.

Vingt ans après la catastrophe de l'Amoco Cadiz, un colloque sur la pollution des eaux s'est tenu à Brest, réunissant scientifiques et politiques
Le 17 mars 1978, l'Amoco Cadiz s'échoue à moins de deux kilomètres du port breton de Portsall provoquant la plus grande marée noire du siècle. Tous les Bretons se souviennent des rivages englués, de la flore et de la faune détruites, des milliers de bénévoles s'efforçant de sauver ce qui pouvait l'être. Les cuves du monstre contenaient 221 000 tonnes de pétrole brut. Cette année-là, on atteignit un triste record au niveau mondial : 750 000 tonnes d'or noir déversées en mer. Vingt ans après, en octobre dernier, s'est tenu à Brest un colloque sur le sujet. 

Objectif: faire le point sur les outils dont disposent désormais la France et la communauté internationale pour prévenir de tels désastres. Selon les spécialistes, en vingt ans, des progrès ont été réalisés. L'émotion considérable suscitée par le naufrage du pétrolier déboucha, en France, sur la création du Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux. Selon ses dirigeants, il a permis d'inaugurer une coopération entre l'industrie et les services publics. Pourtant, à Brest, les scientifiques ont insisté sur le long chemin restant à parcourir. Certes, sous l'égide de l'Organisation maritime internationale, un accord sur le contrôle des navires a été ratifié par dix-sept états. Mais les moyens de sa mise en œuvre ne semblent pas à la hauteur des objectifs proclamés. De l'avis même de Dominique Voynet qui s'exprimait lors du colloque de Brest, "les effectifs de contrôleurs sont insuffisants ". Les pollutions de moindre ampleur provoquées par les nettoyages de cale des navires sont peu surveillées et rarement sanctionnées. D'autre part, les peintures anti-salissures à base d'étain protégeant les coques sont responsables de la disparition d'espèces de coquillages sur le littoral français. Enfin, les chercheurs ont mis l'accent sur l'invasion d'espèces exogènes (mollusques, algues ou crustacés), prédatrices du milieu marin indigène qui pourraient s'introduire sur les côtes françaises lors des opérations de déballastage des navires. Car les marées noires ne constituent pas les seules sources de pollution. Les écosystèmes peuvent être complètement déséquilibrés par suite de la disparition d'espèces sensibles et de la prolifération d'espèces plus résistantes.
 
 

 

Invasions prédatrices   

 

Le cas de CauJerpa taxitoJia en Méditerranée est le plus connu, mais d'autres algues unicellulaires interdisent de plus en plus fréquemment la consommation des coquillages du bassin d'Arcachon ou de Bretagne, une région par ailleurs sinistrée par l'utilisation intensive des nitrates agricoles. Enfin, l'impact sur les fonds marins du terrain gagné sur la mer (ports, plates-formes aéroportuaires, parkings...) peut être dévastateur.

 

Plages infectées  

La concentration de population dans les centres urbains devrait entraîner la mise en œuvre de centrales d'épuration plus performantes. En France,   selon le ministère de l'Environnement, la pollution des eaux de baignade est due pour une large part au mauvais état de l'assainissement et aux     rejets d'exploitation industrielle, agricole ou domestique. Chercheur au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer (66), Philippe Lebaron surveille la qualité bactériologique des eaux de la côte Vermeille: "On peut regretter, explique-t-il, que les stations d'épuration des communes ne soient pas équipées d'un traitement tertiaire pour l'élimination des bactéries. Mais il n'existe aucune norme au plan français ou européen pour rendre ces rénovations obligatoires." La question de l'efficacité des stations d'épuration est donc posée. La direction des affaires sanitaires et sociales des Pyrénées-Atlantiques relève que 50 % des rejets d'eaux usées des villes côtières et de l'Adour partent non dépollués en mer en période estivale et par temps sec. Par temps de pluie, ce sont la moitié des plages qui sont polluées. L'agence de l'eau Adour-Garonne, le conseil général et les villes de la Côte ont annoncé que 553 millions de francs allaient être investis d'ici 2001 pour remettre ces installations aux normes. Mais si les normes européennes n'incluent pas la qualité bactériologique de l'eau, les problèmes subsisteront.

Enfin, l'été dernier, 40 à 50 % des plaintes enregistrées dans les offices de tourisme de la région concernaient la pollution des plages, infestées par plusieurs tonnes de détritus. "Constitués à 80% d'emballages plastiques, les déchets sous-marins du golfe de Gascogne causent des dégâts écologiques importants, notamment l'étouffement des grands organismes marins comme les tortues, les cétacés et les thons ", note l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. Dans ces conditions, le rapport 1999 sur la qualité des eaux de baignade récemment rendu public et qui classe dans le rouge neuf plages françaises seulement, laisse perplexe. Une nouvelle définition des normes européennes s'impose.

 

CCASINFOS N° 192 Jeanne Llabrès