| N'en jetez plus, la mer est pleine. |
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Vingt ans
après la catastrophe de l'Amoco Cadiz, un colloque sur la pollution des
eaux s'est tenu à Brest, réunissant scientifiques et politiques.
Objectif:
faire le point sur les outils dont disposent désormais la France et la
communauté internationale pour prévenir de tels désastres. Selon les spécialistes,
en vingt ans, des progrès ont été réalisés. L'émotion considérable suscitée
par le naufrage du pétrolier déboucha, en France, sur la création du Centre
de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions
accidentelles des eaux. Selon ses dirigeants, il a permis d'inaugurer
une coopération entre l'industrie et les services publics. Pourtant, à
Brest, les scientifiques ont insisté sur le long chemin restant à parcourir.
Certes, sous l'égide de l'Organisation maritime internationale, un accord
sur le contrôle des navires a été ratifié par dix-sept états. Mais les
moyens de sa mise en œuvre ne semblent pas à la hauteur des objectifs
proclamés. De l'avis même de Dominique Voynet qui s'exprimait lors du
colloque de Brest, "les effectifs de contrôleurs sont insuffisants
". Les pollutions de moindre ampleur provoquées par les nettoyages
de cale des navires sont peu surveillées et rarement sanctionnées. D'autre
part, les peintures anti-salissures à base d'étain protégeant les coques
sont responsables de la disparition d'espèces de coquillages sur le littoral
français. Enfin, les chercheurs ont mis l'accent sur l'invasion d'espèces
exogènes (mollusques, algues ou crustacés), prédatrices du milieu marin
indigène qui pourraient s'introduire sur les côtes françaises lors des
opérations de déballastage des navires. Car les marées noires ne constituent
pas les seules sources de pollution. Les écosystèmes peuvent être complètement
déséquilibrés par suite de la disparition d'espèces sensibles et de la
prolifération d'espèces plus résistantes.
La concentration de population dans les centres urbains devrait entraîner la mise en œuvre de centrales d'épuration plus performantes. En France, selon le ministère de l'Environnement, la pollution des eaux de baignade est due pour une large part au mauvais état de l'assainissement et aux rejets d'exploitation industrielle, agricole ou domestique. Chercheur au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer (66), Philippe Lebaron surveille la qualité bactériologique des eaux de la côte Vermeille: "On peut regretter, explique-t-il, que les stations d'épuration des communes ne soient pas équipées d'un traitement tertiaire pour l'élimination des bactéries. Mais il n'existe aucune norme au plan français ou européen pour rendre ces rénovations obligatoires." La question de l'efficacité des stations d'épuration est donc posée. La direction des affaires sanitaires et sociales des Pyrénées-Atlantiques relève que 50 % des rejets d'eaux usées des villes côtières et de l'Adour partent non dépollués en mer en période estivale et par temps sec. Par temps de pluie, ce sont la moitié des plages qui sont polluées. L'agence de l'eau Adour-Garonne, le conseil général et les villes de la Côte ont annoncé que 553 millions de francs allaient être investis d'ici 2001 pour remettre ces installations aux normes. Mais si les normes européennes n'incluent pas la qualité bactériologique de l'eau, les problèmes subsisteront. Enfin, l'été dernier, 40 à 50 % des plaintes enregistrées dans les offices de tourisme de la région concernaient la pollution des plages, infestées par plusieurs tonnes de détritus. "Constitués à 80% d'emballages plastiques, les déchets sous-marins du golfe de Gascogne causent des dégâts écologiques importants, notamment l'étouffement des grands organismes marins comme les tortues, les cétacés et les thons ", note l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. Dans ces conditions, le rapport 1999 sur la qualité des eaux de baignade récemment rendu public et qui classe dans le rouge neuf plages françaises seulement, laisse perplexe. Une nouvelle définition des normes européennes s'impose.
CCASINFOS N° 192 Jeanne Llabrès
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